Les pays démocratiques

La bonne gestion de toute société humaine, devrait reposer sur le partage du pouvoir entre deux entités spécifiques différentes et complémentaires qui devraient se respecter mutuellement. Pensons par exemple au père et à la mère dans la famille, à la technique et à la production dans les usines, au pouvoir politique et aux pouvoirs de fait dans un état démocratique. Bien qu'elle soit loin d'être appliquée par­tout, et bien que, comme tout ce qui est humain, elle ne soit pas parfaite, la démocratie parlementaire semble être considérée comme le meilleur système politique. Le chef de l’état, monarque constitutionnel ou président élu, à un rôle de mentor extrêmement important à jouer qui devrait obligatoirement se situer au dessus des partis politiques et en dehors des divers pouvoirs de fait. Ce personnage devrait parfaitement connaître les rouages des grandes administrations de l’état ainsi que de la société civile et n’être compromis dans aucun scandale.

L’exemple des Pays-Bas est instructif, qui à partir de la fin du dix-septième siècle ont décidé de passer d’un système républicain trop soumis aux oligarchies financières à celui d’une monarchie constitutionnelle jugée plus indépendante et vertueuse.

La notion déli­cate d'équilibre en­tre les deux pouvoirs «politique» et «de fait» est tel­lement fondamentale que trop rares sont mal­heureusement ceux qui sem­blent la com­prendre vraiment. L’information objective et la participation véritable du peuple à la prise de décisions dans le cadre de la démocratie est souvent plus théorique que réelle. Trop souvent, les dirigeants mono­polisent le pouvoir et méconnaissent les vrais problèmes, les besoins et les aspira­tions de leurs administrés. Espérons que quelques grands hom­mes d'état intègres et désinté­res­sés auront la force de mettre sur pied une véritable société démocratique et humaniste dans l'en­semble du monde, avant que la folie guerrière économique et/ou militaire s'em­pare de la planète!

La France, qui est selon moi un des pays où les règles de la démocratie représentative sont les mieux appliquées, nous montre à merveille les faiblesses de ce système. La démocratie y est même parfois mise en danger par le pouvoir exorbitant des syndicats, qui ne représentent qu’environ 10% des travailleurs et qui terrorisent les citoyens et les partis politiques en paralysant régulièrement les services publics. Méditons le souvenir que le général de Gaulle nous a laissé du redressement et de la croissance de son pays pendant les dix années qui ont suivi sa venue au pouvoir en 1958. La France est un très beau pays, où il fait bon vivre, mais qui doit apprendre à connaître ses véritables limites et à oublier qu’il est le plus grand, le meilleur, le plus génial, le plus... Il est étrange que, lorsque je leur cite en exemple certains agissements des citoyens du Benelux, mes amis français, énervés, me répondent que l’on ne peut pas comparer un grand pays avec des petits pays (la population du Benelux est en effet deux fois inférieure à celle de la France !), alors qu’ils n’hésitent jamais à se mesurer et/ou à se comparer aux Etats-Unis (qui comptent cinq fois plus d’habitants et où le seul Texas est 1,5 fois plus étendu que la France), ou même à la Chine… La France devrait essayer de mieux tirer les leçons de ses mésaventures et de ses défaites! La France, héritière du caractère rouspéteur gaulois déjà décrit par Jules César, a incontestablement besoin d’un bon chef autoritaire, mais, malheureusement, elle ne le supporte jamais longtemps ! Dans le cadre de l’Europe, la France que j’aime et que je respecte doit apprendre à mieux connaître et à respecter les autres pays, surtout les petits. 

Les Français revendicatifs et irrespectueux, représentent moins de quinze pourcent des européens. Ils risquent d’être fort déçus en constatant que leur modèle «spécifique» de société assistée ne pourra probablement pas survivre à l’indispensable Union Européenne. Pour marquer leur mécontentement récurrent et traditionnel ils risquent encore souvent de se croire obligés de donner leurs voix aux extrémistes de droite ou de gauche.

Dans le monde économique et industriel actuel, dans la jungle féroce du capitalisme libéral, le principe de démocratie est parfois loin d'être ap­pliqué.

La fameuse mondialisation très à la mode commence en général par une lâche délocalisation de nos activités industrielles, souvent rentables, vers des pays pauvres à main d’œuvre non protégée. La mondialisation consiste donc essentiellement en une prise de pouvoir des grands acteurs de l’économie mondiale dans un contexte politique dépourvu de structures réelles. Contrairement à ce que notre bonne conscience voudrait nous faire croire, l’esclavage n’est pas aboli dans le monde. Il prend des formes variées qui vont de l’immigration clandestine utilisée sans retenue par certaines entreprises en quête de main d’œuvre docile et bon marché à l’exploitation scandaleuse des femmes et des enfants dans certains pays. L’ONU n’a pas encore assez de pouvoir face aux puissants lobbies américains et européens. Je pense qu’avec la mondialisation, nous assistons à une sérieuse mise à l’épreuve de la démocratie: un pouvoir de fait oligarchique puissamment organisé à l’échelle de la planète se moque des petits pouvoirs politiques nationaux qui n’arrivent pas à intégrer leurs efforts pour protéger les citoyens du monde et surtout les plus faibles.